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Contes d’outre-mort

C’est un recueil de contes bretons, la plupart faisant intervenir le christianisme, que Emile Souvestre livre ici, registre qui fera plus pour sa notoriété que sa production romanesque pourtant conséquente. Le vocabulaire est marqué par la région, des localités sont à l’honneur et des notes viennent expliciter certains rapprochements étymologiques. Les récits vont de la simple anecdote fantastique à la légende déjà bien plus importante pour ce patrimoine.
Is ouvre le bal, ville perdue par les frasques de la belle Dahut, fille du roi Grallon. Cette cité finit engloutie une fois que le diable vint la rejoindre dans une de ses soirées. Le Barbe-bleu breton permet à une belle promise de subir une décapitation sans plus d’inconvénient: avoir un saint dans ses relations, ça peut aider. C’est ça ou bien Jean le rouge-gorge fera bien l’affaire: il vous guide vers la cachette d’un animal extraordinaire qui subira plusieurs métamorphoses à l’invocation de Saint Ronan d’Hybernie. Les mécréants se méfieront des lavandières de nuit. Il ne faut pas négliger le danger à fréquenter d’autres femmes, comme une Groac’h qui transforme ses prétendants en poissons. Avoir des créatures extraordinaires dans son entourage n’est pas sans avantage cependant: un petit farfadet peut rendre bien des services! Mais si c’est le diable qui fait des bontés, c’est qu’il a une idée derrière la tête. Jésus-Christ ne s’en est pas assez méfié quand il donna l’autorisation au malin de revêtir la soutane pour un jour. Les korrigans qui dansent la nuit peuvent effacer bosse de malformé ou effectuer le contraire, suivant ce que l’on rajoute à leur refrain Il faut dire que vers minuit il se passe des choses étranges, dans une auberge hantée, aussi bien que dans une cité engloutie qui peut à la Pentecôte laisser entrevoir un passage jusqu’au palais d’un ancien roi. A moins que ce ne soit l’heure où les diables viennent jouer aux cartes et alors là malheur si vous n’avez pas déjà croisé Jésus avant avec son jeu truqué! Quelques revenants enfin viendront pour clôturer le volume, riche dans sa diversité.
De quoi pénétrer dans des récits locaux même si parfois influencés ou inspirés de sources plus littéraires, comme le reconnaît la préface.
Contes d’outre-mort
Editions Pyrémonde
texte: Emile Souvestre, Charles Chassé
2005
Kane Alkins

La petite Fêlée aux allumettes

Dans la fantasmagorique cité de Pandore, des crimes affreux sont commis sur des enfants, la mise en scène macabre évoquant à chaque fois un conte de fées. Nake, une jeune femme un peu paumée qui vient de tuer un homme en légitime défense, trouve une boîte d’allumettes chez sa grand-mère décédée et se met à avoir des visions des meurtres avec chaque allumette. Cooper, inspecteur bourru et au fond solitaire, mène l’enquête avec l’aide de son extravagant équipier Michou, dont l’attitude le rebute. Et encore, il ne connaît pas l’activité de nuit de travesti de ce dernier. Ils reçoivent l’aide inattendue et haute en couleur de mémé Cornemuse, criminelle sans scrupule, suceuse aguerrie, nettement vulgaire, qui prend toujours ses aises, cause avec l’image de Jean-Claude Van Damme, et surtout trouve toujours un moyen de parvenir à ses fins, au grand dam de Cooper qui n’arrive pas à s’en débarrasser.


Il est clair que c’est dans la galerie de personnages que réside l’intérêt principal de l’ouvrage. Les péripéties les mettant en scènes sont souvent amusantes, surtout lorsque la petite vieille un peu folle impose sa présence. Les événements autour de Nake sont plus sérieux, puisqu’elle est isolée et de plus recherchée par le père de l’homme qu’elle a tué. Sans compter qu’elle a un locataire bien mystérieux. L’enquête proprement dite, quant à elle, n’est pas vraiment si prenante. Le cadre est curieux, avec quelques éléments à peine évoqués relevant du fantastique. Le style de Nadine Monfils est clair, le rythme bien tenu et les tonalités varient. Quelques incursions dans le glauque sont vite contrebalancées par l’humour.
La petite Fêlée aux allumettes
Editions Belfond
texte: Nadine Monfils
Février 2012
Kane Alkins

La Honte

Dans un pays très fortement inspiré du Pakistan, courant vingtième siècle, naît Omar Khayyam Shakil. Sans père, il est élevé par trois sœurs qui lui cacheront laquelle d’entre elle est sa véritable mère. De plus, tous sont cloitrés à la maison jusqu’à ce qu’il atteigne l’âge d’aller à l’école, âge auquel ses mères l’ont déjà immunisé contre le sentiment de honte. Il va grossir extrêmement, devenir un éminent médecin, tout en s’adonnant à une vie dissolue en compagnie de Iskander Harappa. Lequel le laissera pour se reforger une vertu et se jeter avec sérieux dans la politique pour finir par atteindre le pouvoir. Au grand plaisir de sa fille, Arjumand, qui le vénère quasiment. Rani, la femme d’Iskander est apparentée à Raza Hyder, militaire de carrière qui progressera grâce à Iskander et finira par faire exécuter son bienfaiteur. Omar Khayyam se rapproche de Raza Hyder après être tombé amoureux de l’une de ses filles, sa patiente, une simplette souffrant de crises d’effroyable violence. Ceci sans se soucier du fait que le militaire est à l’origine de la mort de son petit frère, qu’il n’a pas connu.


L’ouvrage a une construction plutôt curieuse puisque le personnage censé être le principal du roman n’en est finalement que figurant assez rapidement, et encore disparait-il parfois pour de longues périodes. Au point que sa réapparition surprend presque. La progression d’Iskander et de Raza occupe une plus grande place. Les deux hommes d’état, l’un présenté comme sérieux et se vouant à son pays, l’autre plus violent, radical et fortement influencé par la religion, sont également l’occasion de réflexions sur le pouvoir et la destinée d’un pays, la place de la religion. Salman Rushdie utilise volontiers l’ironie et fait passer quelques critiques mais ce n’est pas forcément un livre très virulent. L’étude des personnages est soignée et dans le lot il est difficile d’en trouver un vraiment sympathique. La lecture est aisée mais la fin, entre le rôle étrange de la femme d’Omar et la déchéance de Raza change la tonalité du récit et apparaît moins prenante.
La Honte
Editions Stock, Collection Nouveau Cabinet Cosmopolite
texte: Salman Rushdie
Juillet 1989
Kane Alkins

Le Chant pour celui qui désire vivre #3: Soré

Soré est abandonnée à la garde d’un membre de sa famille éloignée suite à une soirée tragique durant laquelle sa mère a été battue par son compagnon plus violemment que d’habitude. La fillette grandit et malgré un viol par deux marins, surmonte les épreuves de la vie pour développer un talent d’écrivain et se trouver un compagnon avec qui elle fonde une famille. Elle finit par apprendre que sa mère est toujours vivante et va la rejoindre pour l’accueillir dans sa nouvelle vie. Lors de cette soirée, celle-ci fait preuve de ses propres talents de conteuse et les reçoit dans son monde, celui de son parcours pas toujours gai non plus. Maria a en effet été victime d’un inceste prolongé avant de se reconstruire en vivant avec un occidental. Puis malheureusement à sa mort, elle s’est mise avec un homme que la boisson rendait violent. Les deux femmes maintenant réunies vont se recueillir sur le trajet dans la grotte de Tewee-soo, leur ancêtre arrivée au Groenland parmi les premières migrantes.


La saga se clôt avec une jeune femme plus moderne, qui vit pour l’écrit et décide de s’engager politiquement. Sa vie et celle de sa mère sont une illustration de la survie à un événement traumatisant qui devient mineur tant il est accepté comme une épreuve pas plus importante qu’une autre. Les deux femmes prolongent à leur manière leur héritage en cultivant la mémoire. Jorn Riel ne fait pas de récit humoristique ici, même si certains moments sont amusants. Le ton est globalement sérieux et c’est une peinture réaliste du Groenland qu’il essaie d’obtenir via l’une de ses familles atypiques. L’atmosphère et le cadre sont très bien rendus, le style est clair même s’il s’emballe lors de rêves. La lecture est agréable et le tome peut s’aborder indépendamment des précédents.
Le Chant pour celui qui désire vivre #3: Soré
Editions Gaïa
texte: Jorn Riel
illustration couverture: Michel Gertou
Février 1997
Kane Alkins

La Dame blanche était en noir

Sylvain Leroy est un journaliste local un peu déprimé, père en alternance. Il est bien décidé à démonter la rumeur du moment: il y aurait une dame blanche qui joue les auto-stoppeuse dans la région de Cholet pour disparaître des véhicules après un moment, le plus souvent en prononçant une formule énigmatique. Sylvain passe voir les premiers témoins de l’affaire pour repérer les incohérences. Il ne tarde pas, comme d’autres chroniqueurs d’ailleurs, à lier cette légende urbaine à un événement passé: le suicide d’une jeune fille gothique du haut d’une tour du château d’Angers. Au cours de son enquête, outre la rencontre d’un paumé, loser de première, de jeunes en mal de célébrité, de la compagne d’un photographe malsain, notre journaliste croise la route d’un professeur passionné par les mystères et légendes, qui lui fait le lien entre la dame blanche et d’autres figures folkloriques: banshee, lavandières, et surtout Mélusine.


Le récit suit l’enquête de Sylvain, entrecoupé de différents articles de journaux. Michel Brosseau dépeint à cette occasion un journaliste parfois triste que ce soit à cause de la garde partagée ou à cause de ses investigations qui le minent un peu, devant la bêtise ou la douleur qu’il est amené à côtoyer. L’alcool et la musique rock le soutiennent plus que son collègue, pour sûr! Le portrait du personnage principal est plutôt réaliste donc. Le reste des caractères tient de la galerie mais est convaincant également. Le style est limpide et le lecteur est amené rapidement à suivre cette curieuse enquête pour démonter la légende urbaine qui prend de l’ampleur.
La Dame blanche était en noir
Editions du Barbu, Collection Polars et Grimoires
texte: Michel Brosseau
illustration couverture: B.
2008
Kane Alkins

Chinoises

Xinran est une journaliste radio chinoise qui interrogeait des femmes sur leur condition. Cela l’a amenée à rencontrer nombre d’entre elles, sans parfois pouvoir toujours en parler sur les ondes pour des raisons de censure. Cet ouvrage, publié alors qu’elle a quitté son travail et vit en Angleterre, revient sur un panel d’histoires tragiques, forcément émouvantes, parfois dures. Certaines sont liées à l’histoire du pays et ses tumultes, notamment pendant la révolution culturelle, néfaste aux familles bourgeoises. D’autres ont trait à la méconnaissance de la sexualité. On y trouve également des destins de femmes ayant vécu pendant des catastrophes naturelles. Ou d’autres ayant connu le drame du viol. Ces tranches de vie reflètent donc la Chine d’une part mais pas seulement, certains récits n’ayant pas de caractère politique ou culturel marqué et relevant plus de la condition de la femme en général. Le style est clair, le ton employé un peu engagé mais peu polémique: il s’agit de s’en tenir aux témoignages même si forcément quelques critiques sont livrées au passage. Pas forcément toujours à l’encontre du parti, mais aussi vis-à-vis du manque d’humanité en général.


Cela démarre par l’histoire d’une fillette livrée à un vieillard dans un village paysan, qui la tient en captivité. C’est ensuite une fille violée continuellement par son père qui tente de rester à l’hôpital; ce sont les vues d’une étudiante sur les relations hommes femmes et comment en tirer parti; une chiffonnière dévoile son histoire et comment elle vit pour juste apercevoir son fils en ne nuisant pas à son ascension; des mères ayant survécu à un tremblement de terre et perdu leurs enfants ont monté un établissement pour recueillir les orphelins touchés; une lesbienne tombe amoureuse de Xinran, l’occasion d’évoquer l’homosexualité; une femme se voit infligée un mariage arrangé, non par sa famille mais par la révolution; une amoureuse attend de retrouver son amant pour découvrir qu’il a refait sa vie entre temps; la fille d’un général du Guomindang se voit contrainte de cacher ses origines; Xinran évoque sa jeunesse, passée en privations et vexations du fait d’une famille aisée, suspecte aux yeux du parti; une femme d’origine japonaise est violée sous couvert du parti; Une femme à la mode décrit sa vie amoureuse malheureuse; dans une zone du pays encore défavorisée, hommes et femmes survivent dans des conditions archaïques, les femmes étant partagées mais curieusement, ne connaissant pas de points de comparaison, ce sont les chinoises les plus heureuses de leur condition de tous ces témoignages tragiques.
Chinoises
Editions Philippe Picquier
texte: Xinran
couverture: Ingo Jezierski, calligraphie de Ruth Rowland
2003
Kane Alkins

Au Sud de la frontière, à l’ouest du soleil

Le narrateur, fils unique, s’est fortement attaché à une jeune camarade durant l’école primaire: Shimamoto-san, aussi seule enfant de sa famille. Cette première relation fortement platonique avec le sexe opposé a une importance telle que l’éloignement n’éteint pas le souvenir de sa jeune comparse. Pourtant il ne fait rien pour la revoir régulièrement après un changement d’école. Qu’importe, la vie suit son chemin, le narrateur découvre cette fois d’autres femmes avec lesquelles il a des relations sexuelles. Il finit par se marier et changer totalement de métier pour créer des clubs de jazz. Peut-être cet attrait musical provient-il des journées à écouter des disques avec Shimamoto-san. Le narrateur est heureux dans sa famille, avec ses deux jeunes filles. Or un jour, il lui semble repérer dans la rue une femme ressemblant à son amie de jeunesse. Il n’ose lui adresser la parole et reste dans l’inconnu. Jusqu’à ce qu’un soir elle vienne le rejoindre dans un de ses clubs. Dès lors, les rencontres se font régulières et l’attrait qu’il avait pour elle redevient sans limite. Il ne s’agit que de conversations mais ces moments deviennent les plus importants de sa vie. Au point de risquer une escapade, puis plus tard de s’arranger un rendez-vous dans sa maison secondaire pour franchir le pas dans cette relation si étrange. Sa femme sera compréhensive mais lui ne sait plus à quoi s’en tenir désormais, Shimamoto-san n’ayant laissé aucune trace.


Alors que le début traite de cette relation d’enfants assez rapidement, des mots forts sont employés. Serrer la main de l’autre déclenche des sensations dont il est difficile de se remettre. Haruki Murakami passe ensuite au reste de l’autobiographie du narrateur dans un style fluide, en le rendant plutôt détaché dans ses liaisons avec les femmes. Puis les rencontres avec Shimamoto-san prennent de l’importance au point d’occuper la deuxième moitié de l’ouvrage. Toujours le narrateur essaie d’être honnête envers lui-même et il tient presque à toujours l’être envers les autres, ce qu’une liaison extraconjugale ne facilite guère. La sincérité semble se dégager du texte qui reste pudique et factuel, sans s’engager dans du grandiloquent qui nuirait au déroulement de ce récit qui traite du basculement d’un être qui semblait tout à fait équilibré et heureux.
Au Sud de la frontière, à l’ouest du soleil
Editions Belfond
texte: Haruki Murakami
illustration: John Gall
2002
Kane Alkins

Lombres

Zanna et Deeba, deux jeunes filles sans histoire, dénichent un passage vers un univers étrange en suivant la trace d’un parapluie cassé. Une fois entrées dans la cité fantasmagorique qu’est Lombres, elles apprennent qu’une prophétie les annonçait. Zanna est censée être une élue de taille à combattre le smog, l’ennemi qui menace cette ville mais aussi Londres. Cet adversaire a une apparence de fumée noire et croît avec la pollution. Heureusement, les habitants de Lombres ont pour certains la bonne volonté nécessaire pour s’opposer à la menace et aider nos amies. La première confrontation directe se soldera par un retour des filles dans le monde réel, le commandant des parapluies brisés avec l’aide d’un chimiste ayant trouvé un moyen de défendre Lombres. Mais les choses ne sont pas forcément si simple et l’aventure va continuer, même si elle prend une autre tournure: les alliés d’un jour sont-ils toujours dignes de confiance?


Dans cette vaste saga, China Miéville se délecte à la création de décors et de créatures les plus biscornus possibles. On croise ainsi des poubelles ninjas, des mots incarnés, des fenêtres arachnides ouvrant sur d’autres espaces, des girafes abominablement cruelles, des fantômes, des zombies, un homme cage… Le principe étant que tout détritus de Londres finit par passer dans Lombres et y trouver une seconde vie ou utilité. L’inventivité est clairement au rendez-vous. Le récit quant à lui est linéaire, simple à lire, parsemé d’illustrations amusantes. L’humour est également présent, tant dans ces apparitions que dans quelques réflexions de l’héroïne. Et lorsque le lecteur menace de décrocher, quelque chose vient relancer l’intérêt. Autant dire que ce volume est un bon roman jeunesse qui peut se lire même par les plus grands.
Lombres
Editions Au Diable Vauvert
texte: China Miéville
2009
Kane Alkins

Korrigans Connection

Quelques individus de petites tailles sont aperçus çà et là. Des déprédations ont lieu, et un amateur de mythologie locale en vient à évoquer des races disparues de lutins. Un alignement de menhirs est perturbé et la commune originelle du premier policier de France est le lieu de plusieurs cas étranges. L’enquête se poursuit mais les événements montent crescendo et ce n’est plus un phénomène local mais bel et bien une manifestation qui s’étend. Les policiers repèrent un cirque de nains, un illuminé sectaire prétend avoir ressuscité l’espèce des korrigans, grâce à des recherches ADN… Place Beauvau, on regarde ça de moins en moins loin, d’autant que des amis de jeunesse se trouvent mêlés à plusieurs affaires.


Le volume se distingue par sa diversité. S’y retrouvent en effet, outre les récits en directs des événements, des extraits de journaux mais aussi les aventures de jeunesse du ministre de l’intérieur et de ses amis. L’atmosphère n’est pas trop inquiétante et les jeunes incartades sont bien légères. Les interventions d’un lutinologue, les morceaux de légendaire celtique rappelés par petite touche, tout cela parsème l’enquête et lui donne un petit parfum plaisant. Si l’on pressent le dénouement, il est suffisamment bien amené pour qu’on se laisse guider avec plaisir dans les frasques qui déroutent la police.
Korrigans Connection
Editions du Barbu, Collection Polars et Grimoires
texte: Renaud Marhic
illustration couverture: Christian Blanchard
2009
Kane Alkins

Au Milieu des loups

Dans le monde pastoral, pour peu que les armes à feu aient été interdites, les animaux sauvages reprennent toutes leurs prérogatives. Le cheptel est menacé et la peur hante à nouveaux les nuits. Ainsi est-ce un ours qui emporte régulièrement des bêtes. Rien n’y fait et les villageois sont donc contraints à faire appel à un sorcier, profession qui était déjà tombé en désuétude. Celui-ci, bien conscient de l’importance de sa mission, va organiser toute une cérémonie initiatique afin de faire se dresser l’auroch ancestral face au plantigrade dévastateur. Les choses ne se passent pas comme prévu et notre vieil homme, le dernier des chamans du cru, va devoir opter pour une mesure plus radicale. Le Dernier Homme-ours dégage un certain parfum d’étrangeté et de nostalgie d’anciennes coutumes. Au Milieu des loups évoque la révélation de l’existence d’un personnage qui avait réussi à s’acquérir le respect et l’entente de ces féroces carnassiers. Tandis que L’Ermite, nouvelle relevant du fantastique cette fois, aborde une forme originale de lycanthropie, dans laquelle le corps astral tient toute son importance. Un prieuré retrouve sa bergerie régulièrement dévastée par un loup gris et d’autres acolytes fauves et voraces. Seul un frère semble avoir une emprise sur ces envahisseurs et ce personnage s’était acquis par ailleurs une réputation impressionnante déjà. Sa dévotion l’amène à devenir ermite, ce qui n’arrange guère les frères bergers. Tous les dispositifs pour le faire intervenir semblent vains. Il est alors fait appel à un sorcier ainsi qu’à un chasseur, afin de faire cesser les razzias nocturnes.


Tous ces récits sentent une authentique ruralité, les personnages, même les extravagants, semblent crédibles et l’appréhension face au danger incarné par les bêtes sauvages est très bien rendue. La narration est fluide et les différentes péripéties parfois amusantes, l’humour n’étant clairement pas exclu d’office. Ces trois textes permettent de s’évader dans une autre époque, un cadre bien différent. Curieusement la tonalité fantastique est plus présente dans les deux textes réalistes, ce qui les rend plus intéressants.
Au Milieu des loups
Editions Hesse
texte: Vasile Voiculescu, Nicolae Tafta
2006
Kane Alkins

The Goal, A Process of ongoing improvement, Third revised Edition

Alex dirige une usine en difficulté. Alors que son responsable lui a posé un ultimatum et qu’il se démène pour essayer de remédier à la situation au point de mettre en péril son mariage, il tombe fortuitement dans un aéroport sur Jonah, scientifique et ancienne connaissance. Celui-ci lui pose quelques questions et en y réfléchissant plus tard, Alex se rend compte que son ami a précisément cerné son problème. Il décide de le recontacter mais n’obtient que d’autres questions pour toute aide. Cette maïeutique qu’utilise Jonah irrite tout d’abord notre narrateur mais bientôt il voit les implications des pistes qui lui sont fournies. Reste à convaincre son équipe de changer de méthodes de travail. Quand les choses s’améliorent, d’autres préoccupations surviennent. Il va falloir remettre en cause jusqu’à certains indicateurs importants.


Avec ce roman, Eliyahu M. Goldratt a exposé sous une forme non conventionnelle la théorie des contraintes. Il s’agit d’une méthode valable non seulement pour la production en ciblant les goulets d’étranglement mais aussi dans des domaines bien différents. Les points à suivre sont l’identification des contraintes, les décisions concernant leur exploitation, la subordination de tout le reste à celles-ci, la recherche d’une façon de relever la limite de ces contraintes, le tout en étant vigilant pour revenir à la première étape au besoin. Le style est limpide, le rythme des idées plutôt lent pour saisir les soucis du narrateur et bien suivre ses réflexions. L’humour est présent et le sub-plot du mariage en difficulté du fait de l’implication dans le travail sonne juste. A la fin de l’ouvrage, des interviews illustrent l’importance qu’a la théorie des contraintes tant dans la conduite d’une entreprise que dans l’éducation elle-même.
The Goal, A Process of ongoing improvement, Third revised Edition
Editions North River Press
texte: Eliyahu M. Goldratt, Jeff Cox, David Whitford, Robert Kain, Kevin Kohls, Robert Leavitt, Craig Mead, Stewart Witt, Patrick Hoefsmit, Richard Putz, David Harrison, Antoine Van Gelder, Kathy Suerken
2004
Kane Alkins